Vendredi matin, dans le métro; il y avait moi. Moi et plein d’autre monde.
Assise sur mon p’tit banc, les yeux dans la graisse de bines, le sourire probablement béat, je repassais ma vie, mes 30 dernières années de vie dans ma tête en me demandant où est-ce que ça avait chié et si c’était rattrapable comme situation. Tsé, vous savez, le genre de question qu’on se pose tous un peu en février, pour cause de carence de soleil et de chaleur… me demandais si j’aimerais mieux aller vivre au Maroc ou au Chili, si je serais capable de laisser ma fille un an à son père ou si je partirais avec elle (quelle question, on le voit ben que février je le porte fucking mal, je la laisse à la garderie le matin et au midi je m’ennuie déjà d’elle !). En rêvassant je chantais un peu à voix basse, moi dans le métro je chante toujours un peu à voix basse. Je bougeais sur mon banc aussi. C’est parce que j’ai mis un mélange de tounes chaudes et réconfortantes sur mon ipod, je voulais me rendre de bonne humeur et combattre l’hiver alors j’ai mis de la musique dance et électronique dans mes oreilles pour voir si ça me remonterait le moral. 5 jours après les débuts des essais je peux confirmer que ça me rend pas plus de bonne humeurs pantoute sauf que, oh joie, ça me fait quand même un peu gambader sur les trottoirs du centre-ville. Au moins ça me donne “l’impression de”, d’être joyeuse et pleine d’énergie.
Mais c’est pas du tout ça mon histoire en fait, alors je recommence. Vendredi matin, y’avait plein de monde dans le métro. Et aussi un peu de moi. Moi, assise sur mon p’tit banc bleu McDonald, en train de me tortiller comme si j’avais envie de pipi, mais en fait il s’agissait d’une forme très évoluée et étudiée de danse de métro. Je regarde en l’air, sur les côtés, en bas. En bas… Et là, mes yeux, ils glissent tout naturellement sur les jeans délavés d’un monsieur. Moi, je précise, je pense que j’y suis pour rien. C’est comme un truc de composition d’image. Tout le monde est habillé en brun et en kaki, lui, assis à côté de moi, avec des jeans délavés comme dans les années 80. Mes p’tits yeux tout innocemment ont regardé le monsieur. Et c’est là, pendant que j’analysais le motif douteux de ses jeans que j’ai vu.
Que j’ai vu.
La poche la plus grosse de toute la ligne orange. J’en suis sûre.
Et moi, fille super lunatique, je fais quoi ? Ben je fais comme un gars qui voit sa première craque de boules D du printemps ; je pogne le fixe. Vraiment longtemps. En gardant mon sourire béat. Jusqu’à ce que je réalise que je suis en train de contempler l’entre-jambe d’un inconnu et d’analyser la situation à grands coups de commentaire à moi-même:
- Oh my goooood !?! Mais comment il fait ?
- Me demande à quoi elle ressemble en tout nu ?
- Waow, dis donc, quand même, on croirait pas ça en le voyant se promener dans la rue, un mec tout petit, tout maigrichon…
- Ah non, ça se peut pas, c’est impossible, il fait sûrement comme dans Parlez-nous d’amour et il se met une rallonge pour me faire réagir…
- Ouaip et d’ailleurs je réagis fort, là, j’ai pogné le fixe depuis combien de temps là? 2 minutes ???
- AAAAAAAHHHHHH, 2 minutes ? T’es pas sérieuse !!!! Viiiiiite, ferme les yeux, tourne ta tête, arrête de l’observer !!!!
Ai levé les yeux, ai essayé de regarder ailleurs… mais j’y arrivais juste pas. Alors euh, j’ai pas eu trop le choix, je me suis collé la face dans mon sac à dos (que je tenais dans mes bras) et j’ai compté les stations…. C’était long… l’attente entre les stations je veux dire. Et je riais toute seule dans mon sac à dos. Tellement que j’ai failli sortir 4 stations de métro plus tôt juste pour pouvoir rire en paix.
J’étais tellement heureuse d’arriver enfin à Square-Victoria. Z’avez aucune idée. Et là, ma musique techno dans les oreilles, j’ai gambadé dans le tunnel menant au bureau.
Merci monsieur grosse queue, z’avez mis un soleil dans ma journée. Continuez votre bon travail, vous allez sauver le monde de sa morosité de février.
***
Plus tard dans la journée, je marchais dans les corridors du bureau et je tombe face à face avec un garçon (mais noooon, pas celui du métro). Il me dévisage. Moi je bloque. Merde, j’pense j’le connais….est-ce que je le connais? Quand il a souri je l’ai reconnu. Un ami du bac. En fait on se parlait à peu près pas mais on a passé 1 an à suivre les mêmes cours alors forcément on se connaît assez bien. Et puisque ça fait 7 ans qu’on a gradué, on peut probablement dire, 7 ans plus tard qu’on étaient amis ? Tsé le temps ça modifie un peu les souvenirs… Enfin, je suppose…. En tout cas j’étais vraiment heureuse de le voir. Il avait pas changé, pour de vrai, pas changé du tout. Même coupe de cheveux, même sourire, même pinch. Même attitude. Et il avait suivi le parcours de ses rêves; c’était écrit dans son front au début de la vingtaine qu’il allait se marier, acheter une maison en banlieue, faire des bébés, travailler fort… c’est en plein ça qu’il a fait. Enfin, bref, j’étais bien heureuse d’avoir de ses nouvelles, de donner des nouvelles de moi.. et surtout… surtout de me faire dire :
- Heille, j’te r’garde là et t’as tellement pas changée. T’es pareille, pareille comme dans le temps.
- Arrête, pfffff, quand même, ça fait 7 ans qu’on s’est pas vus….
- Ouais mais j’te l’dis, t’as pas changée…
- Hihihi, tu sais , tu me fais un gros compliment là, parce que mine de rien, 7 ans, sur 29, c’est le quart de ma vie. Je t’ai pas vu depuis un quart de ma vie et tu trouves que j’ai pas changée, tu vas me faire gambader pour toute la journée…
- 
- Mais tu sais, quand même, moi je le vois que j’ai changé… tu sais, je réalise que ma peau par exemple, ma peau elle change….
C’est moi ça, j’me fais dire un beau compliment et faut que j’finisse la discussion en parlant de mon grain de peau !
Arghhhhh. J’aurais pu dire avec un p’tit ton fier qu’en plus j’ai même pas encore de pattes d’oies… mais non, faut que j’parle de mon ostie de grain de peau !