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L'Internet et moi

Depuis quelques jours je croise plusieurs articles sur les femmes et l'Internet. Il paraît qu'on y est très présentes (doh) et certaines personnes se demandent pourquoi; quel est le profil de ces femmes? Ça m'a donné envie de faire l'inventaire de mes raisons: Je suis une femme-fille (pas tout à fait décidée encore sur la trentaine et l'obligation de porter le tailleur, le rouge à lèvres et le mascara, je me promets aussi de résister longtemps aux bobettes-qui-montent-au-nombril et aux cheveux teints), début trentaine donc, maman, amoureuse, voyageuse, musicienne à mes heures, artiste en quête d'une discipline à privilégier, amoureuse de sa langue et des dictionnaires (ma nouvelle idylle), sportive, tripeuse de plein-air, de bonne bouffe préparée maison, de soupers entre amis, étudiante subissant par moments, presque tout le temps, des puissantes soifs de savoirs politiques, sociaux, culturels et (surtout) inutiles, parce que ce sont souvent ces derniers qui me font rire et mettent un soleil dans mes journées. Voilà pour la présentation, maintenant plongeons au coeur de ce que je cherche et trouve en tant qu'internaute.

- Lire des articles scientifiques me donne officiellement l'impression d'être plus intelligente. J'ai le sentiment de "savoir", ce qui se passe ici, dans le monde, dans ma tête et dans tous les domaines qui m'intéressent... et ils sont nombreux

- Avec tous ces sites musicaux je cherche et découvre de fichus bons groupes et chanteurs.

- Amateure de documentaires, je suis ravie d'avoir accès aux archives, entre autres, de l'ONF. Le dernier documentaire que j'ai écouté était sur Jack Rabbit, je parle de la posture du centenaire à tout le monde depuis 3 semaine.

- Facebook m'a permis de renouer avec des amis, de garder contact avec plusieurs autres, de me bâtir un réseau fiable et de me faire un chum. Quand on me demande comment j'ai rencontré mon amoureux, je devient immanquablement toute rouge et réponds timidement: "il m'a pokée sur facebook..."

Mon blogue m'a permis de mettre en archive les mots d'enfants de ma fille et de stocker mes souvenirs de façon "objective". On oublie beaucoup en vieillissant. Si ce qui s'est passé le mois dernier et qui prenait des proportions dramatiques est maintenant à moitié oublié... ce qui s'est passé il y a 3 ans l'est encore davantage. Quelques fois je fouine dans mes archives et je découvre: des recettes, des crises existentielles, des photos de voyage, des anecdotes oubliées et tout cela m'amuse beaucoup.

Flickr me permet de stocker mes photos favorites et de voir les superbes photos de mes copines. Je dis copines parce que je ne crois pas avoir de copain sur Flickr, faudrait m'expliquer pourquoi d'ailleurs. Est-ce une tendance ou suis-je une exception?

Msn me permet de clavarder mais je le fais peu. J'ai toujours peur de déranger les gens quand j'initie des discussions sur MSN, je préfère Twitter ou Facebook, qui permettent de répondre au moment où ça nous convient quoique bon, le clavardage permet des discussions plus profondes je trouve.

Twitter me permet de suivre à vitesse grand V l'information sur une multitude de sujets qui me tiennent à coeur: les accomplissements de personnes pour qui j'ai énormément d'estime, l'actualité, l'éducation, la musique, l'art, la culture. Ce qui est génial c'est que je peux me tenir au courant (et par ricochet avoir l'impression de devenir de plus en plus savante) tout en passant une certaine partie de mon temps à échanger et déconner.

Maintenant quand je m'attaque à une nouvelle pièce de violon, je vais la télécharger sur Itunes, je l'écoute en boucle entre mes pratiques. Ça fait rentrer l'écoute de la musique classique dans la demeure et ça m'aide beaucoup à mieux jouer. Pis on sait pas, peut-être que ça fera qu'un jour je saurai faire la différence entre Bach et Mozart.

J'ai essayé Buzz et Google Wave et à date je suis déçue, je ne comprends pas trop où ça mène. Mon buzz est désactivé et Wave en dormance.

Enfin bon, depuis que je suis une internaute assidue, j'ai: fortifié et agrandi mon réseau, je me suis fait de réels amis (comme dans on-se-voit-dans-la-vraie-vie), j'ai pratiqué ma langue, je l'ai améliorée et j'ai appris à l'aimer et la chérir (tellement que je songe très sérieusement à la maîtrise en linguistique), je me suis cultivée, j'ai repoussé les limites de mon savoir et j'ai très envie de les repousser encore et toujours, j'ai trouvé l'amour, j'ai trouvé des réponses ou des pistes de réflexions auxquelles je n'aurais pas pensé toute seule.

Évidemment lire tout ceci pourrait porter à croire que je suis une grande amateure aveuglée, obnubilée par le ce-que-tu-veux-point-zéro... et bien non. Je remarque quelques retombées moins glorieuses venant affecter mon rythme de vie:

- Je lis moins de papier, les journaux ne rentrent plus ici depuis des années et je prends un bon 2 mois pour arriver à lire un livre de 400 pages. Avant je lisais le Devoir en entier chaque matin et le lisais un gros roman par 7 jours; des fois moins.
- À 31 ans, tout bientôt 32; mes yeux ne sont toujours pas stables. Je suis très myope et tant que je vais rester adepte de l'écran cathodique la situation ne promet pas de s'arranger
- La technologie ça coûte cher
- La technologie; ça pollue
- Être amateur d'ordis devant un enfant lui donne immanquablement envie de l'être aussi... seulement voilà; moi je privilégie les jeux extérieurs, la musique, les livres, les jouets-pas-de-piles, parce que je crois dur comme fer que ma fille est à l'âge où on se développe une imagination. Je vois la télévision et les ordinateurs comme des entraves à cela. Pis je me dis que si je suis devenue geekette passé 25 ans, ma fille a tout le potentiel pour découvrir la programmation et les machines passé 8 ans.
- Être sur Facebbok, Twitter, avoir un blogue, être googlable... ça laisse des traces indélébiles. Les paroles s'envolent; les écrit restent comme on dit. Jusqu'à quel point peut-on se faire une idée de qui je suis vraiment en fonction des traces que je laisse dans un monde virtuel? Parce qu'il faut en être conscient, je n'écris que ce que je veux bien écrire. On ne retrouve pas tous les pans de ma vie ici. Jusqu'à quel point mes peccadilles et mon moi profond sont-ils une seule et même personne? Au point de vue de l'employabilité, ça fait quoi, d'être très présent sur Internet? Même dans des cas où on gère d'un main de fer son image, est-ce qu'un jour, un tout petit dérapage peut te discréditer pour des années? Et puis si on regarde le côté juridique, ça peut être inquiétant aussi de voir ce que des personnalités virtuelles anonymes ou non, s'attirent comme représailles. Prenons un exemple, disons un chanteur connu, qui est sur Facebook, Twitter, My Space et qui a un blogue. Mettons qu'il meurt, pourra t-on voir un jour une biographie intitulée: "La double vie d'Untel sur la toile"? Un livre basé sur des sorties virtuelles et complété d'extrapolations et de tentatives de lectures entre les lignes?

En tout cas, je me questionne. J'adore ce que je trouve ici, mais des fois j'ai l'impression qu'on joue avec des droits et un outil qui évoluent tellement vite qu'on pourrait tous se faire avoir dans le détour.


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